Je suis comme vous et pourtant je suis
différente
En période de guerre, j’étais même sous les
lampes
On me pointait du doigt, on m’attribuait une
étoile
Et je finissais les pieds devant pour n’être pas
« normale »
70 ans plus tard, il paraît que les choses ont
changé
Pourtant deux types qui s’embrassent ont le don de
choquer
On nous observe, nous scrute, nous
inspecte
On chuchote, on critique, on rejette…
sans connaître
L’église nous traite de malade
La bêtise nous rend encore
coupable
Coupable de prôner l’amour, sans
doute
Et même dans l’ombre, il semble que cela
dégoutte
Qu’avons-nous de plus, qu’avons-nous de
moins
Que vous qui êtes nés sur un autre
chemin ?
Chez nous la lutte se conjugue au passé, au présent,
au futur
Et même si c’est ‘à la mode’, ceux qui n’ont pas
choisi endurent
Le droit à la liberté nous pousse dans des
ghettos
Bar et boîtes réservés, juste pour les
homos
Des endroits où les questions de sexe ne nous mettent
pas dans de belles cases
Des lieux où l’on n’est pas flingué par de gros
nazes
A l’heure où l’on compare l’homosexualité à la
pédophilie
Ce sont pourtant les curés qui abusent des plus
petits
La société ne se demande-t-elle pas qui est le plus
malade au fond
La femme qui aime une femme ou ceux qui protègent et
ferment les yeux pour le quand dira-t-on
Une femme célibataire seule peut, ELLE,
adopter
Mais surtout pas un pauvre couple de
gays
J’ignorais que Dutroux, Pandy ou
Fourniret
Bel et bien hétéros, eux, étaient le modèle de parents
parfaits
Même notre sang, aujourd’hui, est
toujours mis à l’écart
Comme les blancs et les noirs avaient leurs
territoires
Surtout, on ne mélange pas, ça risquerait de faire
tache
Etre « pédé » ne s’attrape pas, il faut que
tu le saches
Et si on nous octroie la gaypride, moment de fête et
de révolte
Dommage que ces fichus médias n’en montrent que les
grandes folles
Il y a pourtant tant de gens tout
autour
Ceux-là même qu’on ne soupçonne, bien qu’on les croise
tous les jours
Pour l’occasion, certains politiciens vont jusqu’ à
monter sur un char
Leurs belles promesses, hélas, ne dureront qu’un
soir
Le temps de pavaner, de distribuer leurs
tractes
Juste un peu trop de mots, nous on voudrait des
actes
Nous ne sommes pas marginaux, mais
marginalisés
Sujet qu’il serait bon, parfois, de
méditer
Je n’ai, pour ma part, que cette plume, pour seule
arme
D’autres c’est à coup d’insultes qu’ils font couler
les larmes
Mais avant de parler, de juger, de penser tout
haut
Avez-vous essayé, juste une fois, de vous glisser dans
notre peau
Qu’auriez-vous fait, vous, si vous
aviez été à notre place
Si pour reflet, c’est un homo que vous voyiez dans la
glace
Auriez-vous fait semblant pour vous fondre dans la
masse
Ou assumé les faits avec beaucoup
d’audace
L’auriez-vous ensuite dit, crié sur tous les
toits
Seriez-vous restés discrets, planqué sous votre
« Moi »
Auriez-vous cherché le pourquoi du
comment
Implorant Dieu pour que demain, peut être, enfin
tournent les vents
Auriez-vous voulu une explication
scientifique
Qui vous aurait bâti de plus d’Y que de
X
Auriez-vous mordu dans la vie à pleine
dent
Ou choisi de mourir, pensant vous être trompé de
camp
Auriez-vous aimé qu’on vous traine dans la
boue
Qu’on vous traite de tantouse, de tafiole, de
goudou
Auriez-vous supporté cette loi du
silence
Cette crainte d’être jugé, en tous lieux, en tous
sens
Auriez-vous pardonné les blessures, à jamais,
ancrées
Auriez-vous survécu contre vent et
marée ?
Nul ne le sait…
Je suis « de l’autre bord », c’est vrai, et
ce n’est pas une tare
Juste le fruit d’une union et d’un drôle de
hasard
Mais personne n’est, sans doute, comme il aurait aimé
naître
Alors, bien dans ma peau, ben moi je fais
avec…